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Interview de Fabien Pernet - Diplômé en anthropologie en poste au Québec

  • 6 avr. 2016
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  • Catégorie : Alumni à l'honneur
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  • Auteur : Marion Bonnet
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Interview de Fabien Pernet - Diplômé en anthropologie en poste au Québec

Fabien Pernet : premier alumni à répondre à nos questions pour notre série de portraits.
Il possède un doctorat en anthropologie obtenu dans le cadre d’une cotutelle entre l'Université Lumière Lyon 2 et l’Université Laval, à Québec, au Canada.



 



Je travaille depuis le mois de janvier 2016 comme agent de planification et de programmation, en charge du programme-service des dépendances, pour la Régie Régionale de la Santé et des Services Sociaux du Nunavik.

J’ai véritablement commencé mon parcours professionnel lors de mes études, en travaillant comme assistant de recherche ou d’enseignement, à l’Université Laval. J’ai eu la chance de travailler un projet très complet portant sur la culture matérielle inuit, et de créer puis de donner pendant deux ans un cours pour les étudiants de premier cycle portant sur la Diversité culturelle.
 
Toujours au doctorat, j’ai également travaillé pendant trois ans comme consultant spécialisé en Inuktitut – la langue inuit – et en communication interculturelle – dans mon cas, les relations entre Inuit et non-Inuit. Cette activité m’a permis d’avoir un bon réseau professionnel, très varié, et finalement de trouver mon premier emploi à la Régie Régionale de la Santé et des Services Sociaux du Nunavik.

J’ai ainsi travaillé au sein de la Direction des Valeurs et Pratiques Inuit, où j’étais le seul non-Inuit, sur des dossiers culturellement très sensibles, la maltraitance envers les aînés et les services de sages-femmes. J’ai développé une forme d’expertise en adaptation culturelle de l’offre de services en santé et services sociaux, et on m’a récemment proposé de reprendre le dossier des dépendances, identifié comme devant faire l’objet d’un développement prioritaire.






Je dois dire que la formation en Lettres modernes est certainement la formation la plus complète et la plus généraliste – paradoxalement peut-être – qu’on puisse recevoir.

J’ai obtenu une excellente maîtrise de la lecture et de l’écriture, et on peut dire que je mets à profit de telles compétences tous les jours, en lisant vite, en écrivant des textes – descriptifs, argumentatifs, analytiques, etc. – très rapidement et très efficacement.
 

"J’ai obtenu une excellente maîtrise de la lecture et de l’écriture, et on peut dire que je mets à profit de telles compétences tous les jours, en lisant vite, en écrivant des textes"

J’ai aussi obtenu une formation extrêmement solide en grammaire et de bonnes bases de linguistique, qui m’ont permis d’apprendre la langue Inuit assez convenablement. C’est un atout essentiel dans mon travail, car aujourd’hui les jeunes non-Inuit qui maîtrisent convenablement l’Inuktitut sont extrêmement rares.
 
Plus largement, que ce soit dans le cadre de mes études en Lettres ou en Anthropologie, j’ai appris à être indépendant dans mon travail, à expliquer et défendre sa valeur, à produire des analyses complètes et à les vulgariser. Cette dernière compétence est extrêmement importante en dehors de l’Université.
 
 





Bien sûr, mon parcours est certainement atypique, mais si mon expérience peut être source d’apprentissage, alors je dirais d’essayer de développer ses activités et ses relations, le plus tôt possible, hors de l’Université.
 

"essayer de développer ses activités et ses relations, le plus tôt possible"
 

Comme étudiant aux cycles supérieurs, on développe une certaine expertise – qui fait souvent l’objet de nos recherches – et cette expertise est certainement recherchée par diverses personnes, institutions, entreprises.

C’est certain qu’on ne gagne pas bien sa vie uniquement de cette manière, mais après tout, on est encore étudiant et la réussite scolaire demeure l’objectif principal. Par contre, tout ce réseau aura pu apprécier votre expertise, mais aussi votre personne et votre savoir-être, et ce sera peut-être grâce à lui que vous trouverez un emploi par la suite, ou que vous transformerez véritablement votre expertise en une entreprise.
 




 
J’ai d’abord étudié en Lettres modernes, jusqu’à la Licence, puis j’ai bifurqué vers l’anthropologie, jusqu’au Doctorat.







Parce qu’il s’agit d’une zone particulièrement éloignée des grands centres – nous sommes 12 000 habitants, répartis entre 14 villages connectés uniquement par voie aérienne, sur un territoire presque aussi grand que la France : le Nunavik est le territoire des Inuit du Québec – plusieurs primes et avantages sociaux s’ajoutent à mon salaire, qui est très confortable (50 000-100 000$ brut/an).
 






J’ai rencontré celle qui est aujourd’hui ma compagne depuis bientôt 11 ans, et la mère de mes enfants, lors de ma scolarité de thèse en anthropologie, et je me souviens très bien de sa rencontre, à l’extérieur du bâtiment, près de l’amphi D du département de sociologie.
J’ai d’autres excellents souvenirs des personnes avec lesquelles j’ai étudié, et j’ai gardé le contact avec certaines d’entre elles, malgré la distance.








Enfant, puis adolescent, j’ai pensé à beaucoup d’emplois, journaliste, travailleur social, et finalement, je fais un peu tout cela, mais d’une manière qui rétrospectivement me convient beaucoup mieux : anthropologue et planificateur de services de santé et sociaux.







Je regarde par la fenêtre, j’admire la neige qui couvre le sol du mois d’octobre au mois de mai, la colline et la rivière qui sont en contrebas. Kuujjuaq, où je travaille, offre des emplois qu’on trouve dans des centres importants, mais dans un village de 2500 habitants. Et c’est une chance extraordinaire lorsqu’on apprécie le calme des petites communautés mais qu’on apprécie la stimulation d’emplois assez rares.
 


 

Rigueur, Créativité, Autonomie




 
Auteur :
Marion Bonnet

Staff

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